Une approche globale avec un « conducteur »

La pédagogie conductive une approche globale qui part d’un pari positif sur les capacités de la personne handicapée, où par une série de jeux et d’exercices guidés, elle est amenée à développer ses acquisitions par l’accompagnement d’un «conducteur»; la particularité de celui-ci est d’être éducateur polyvalent, formé en quatre ans en psychologie, kinésithérapie, orthophonie, …, pour concevoir des exercices globaux, par opposition à des prises en charge traditionnelles plus parcellisées. Il forme à son tour les professionnels au contact de l’enfant … ou de l’adulte.

Apprendre à apprendre tout au long de la journée

Il s’agit d’apprendre à apprendre. » Cette approche permet à l’enfant, souffrant d’une lésion cérébrale, de mobiliser par un travail d’apprentissage guidé, ses ressources neuromotrices, cognitives sensorielles.
Cela se fait avec un processus éducatif actif correctement guidé. D’où le nom de conductive…
Cette pédagogie demande un investissement important au sein des équipes des établissements, une adaptation des modes de travail (travail transdis-ciplinaire). Pour l’enfant, elle évite le morcellement de prises en charge en assurant une continuité et une cohérence tout au long de la journée.

Les Hortillons, un des rares établissements en France à la mettre en oeuvre

Cette approche est mise en œuvre au profit d’enfants polyhandicapés au sein de notre établissement des Hortillons (à Stains, 93) et sa réussite nous a amené à l’étendre peu à peu à d’autres établissements : l’IEM de Saint-Ouen (enfants) et la MAS FAM de l’Orangerie (adultes polyhandicapés).

Pour aller plus loin

Pour aller plus loin , fiche explicative du Centre Ressources Multihandicap http://www.crmh.fr/crmh/custom/module/cms/content/file/Fiches_methode/peto(1).pdf

et bien sûr le site très complet de Hoptoys : https://www.bloghoptoys.fr/handicap-moteur-la-methode-peto-ou-deducation-conductive

 

L’association CEC Paris – Centre d’Education Conductive de Paris – organise à Paris des stages d’éducation conductive  pendant l’année, encadrés par des thérapeutes spécialisées. A chaque session, différents petits groupes d’enfants sont organisés par âges/niveaux. Téléchargez la présentation Flyer CEC Paris

Comprendre l’éducation conductive (Petö)

Imaginée dans les années 1940 par le neuropédiatre András Petö, la pédagogie conductive voulait faciliter l’intégration scolaire des enfants infirmes moteurs cérébraux (IMC), cette approche est aujourd’hui proposée plus largement à tous ceux porteurs d’un handicap moteur dû à des lésions cérébrales, de polyhandicap, et de retard du développement psychomoteur.

Le but de est développer l’autonomie fonctionnelle des enfants – ou des adultes – pour leur permettre d’accomplir tous les actes de la vie quotidienne. Le postulat de base est que l’enfant est capable d’accomplir des tâches en apprenant à contourner les barrières auxquelles il fait face ; il est donc l’acteur central de cette méthode. C’est une démarche globale et une vision positive de la personne basée sur ses capacités et non ses déficiences physiques ou mentales. Dans cette méthode, l’enfant sollicite toutes ses ressources neuro-motrices, cognitives, sensorielles et doit comprendre les consignes données par les intervenants. En développant des nouveaux chemins neuronaux, l’enfant peut combler petit à petit les difficultés de mouvements auxquelles il est confronté. Cette capacité peut être utilisée avec des apprentissages actifs correctement « conduits »

Les exercices sont effectués au sein d’un groupe de travail avec des enfants d’un même âge ou même compétence pour favoriser la motivation, les interactions, la sociabilisation et le respect des règles. es Les enfants doivent absolument être capables de comprendre les consignes qu’on leur donne pour avancer vers l’autonomie.

Comme dans une école :

La méthode nécessite un professionnel très spécifique, un « conducteur » ou une « conductrice », qui dispose de connaissances pluridisciplinaires : pédagogie, kinésithérapie, psychologie, orthophonie, etc. , sanctionnées par un double diplôme après 4 années d’études. Ces « instituteurs » concentrent l’attention de l’enfant comme dans une école ordinaire, ce qui limite les effets d’une prise en charge morcelée et avec une rythme discontinu.

Les Centres d’Education Conductive (CEC) fonctionnent donc comme des écoles. Les enfants y sont accueillis à la journée, avec des temps d’apprentissages, des récréations, et un temps de pause après le repas, qui fait partie intégrante de l’apprentissage. Sur une année, ce sont en moyenne 1600 heures d’apprentissage qui sont dispensées aux petits élèves, volume d’heures qui est à comparer avec quelques heures par semaine auprès de spécialistes différents.

La démarche dynamique du CEC Paris

Créé en 2019 par Noémie Gomes, une maman extraordinaire, le CEC Paris, en attendant d’avoir des locaux pour travailler toute l’année, organise des stages d’éducation conductive réguliers pendant les vacances, encadrés par des conducteurs spécialisés.

Vous trouverez sur son site ici le calendrier à jour des stages , la plaquette : Plaquette CEC Paris_2020. Et la vidéo : https://youtu.be/q4LtqZ3wQAI

Le CEC de Paris offre un chemin intéressant pour les parents qui souhaitent compléter la prise en charge de leurs enfants

Pour finir : la pédagogie conductive en établissement Envoludia

L’IME des Hortillons (Stains) a intégré les principes de la pédagogie conductive dans l’accompagnement des enfants.

Sa mission se traduit par la mise en place d’un accompagnement personnalisé permettant de ne pas morceler l’emploi du temps de l’enfant, ni l’enfant lui-même, mais de lui garantir une cohérence et une continuité indispensables au développement le plus harmonieux possible. C’est d’abord le temps de l’enfant qui est pris en considération. Il reste dans sa classe et ce sont les différents professionnels qui viennent à lui en s’intégrant dans la dynamique de son programme : enseignant bien sûr, accompagnants éducatifs ou de soins, mais aussi rééducateurs et partenaires d’activités ponctuelles pour répondre à cette approche conceptuelle qu’on appellera ici « programme intégré ». Plus d’informations : ICI

L’équipe déploie aussi la communication alternative : voir cet article

1/ Une vie dévouée aux enfants touchés par la paralysie cérébrale

Au début de sa carrière de jeune masseur-kinésithérapeute en 1954, Michel Le Métayer fit la rencontre du Professeur Guy Tardieu qui bouleversa sa carrière et avec qui il travailla sur de nombreux projets. Sous son impulsion, Michel Le Métayer développa l’évaluation neuro-motrice du jeune enfant, avec la définition des Niveaux d’Evaluation Motrice. Cette nouvelle approche revisitera complètement la rééducation de l’enfant infirme moteur cérébral (aujourd’hui renommée Paralysie cérébrale) et ouvrira des perspectives de progrès considérables. Ce clinicien chercheur a laissé un héritage précieux aux milliers de rééducateurs qu’il aura formés en France mais aussi à l’étranger.

Michel Le Métayer fut à l’origine de la création il y a quarante ans, en 1978, de l’APETREIMC, une des deux associations fondatrices d’ENVOLUDIA. Son histoire est un peu notre histoire. Celle de l’invention d’un concept, « l’éducation thérapeutique ». Celle de cette belle aventure commencée dans l’appartement familial où quelques enfants pouvaient bénéficier d’une prise en charge précoce, un appartement où l’exiguïté des locaux permettait la rencontre de l’ensemble des professionnels autour de l’enfant (Kinésithérapeutes, Éducatrice, Orthophoniste) mais aussi la proximité des familles.

C’est dans la continuité de cette expérience novatrice, qu’avec quelques parents d’enfants IMC, il créa en 1983 la halte-garderie des Trotte-Lapins à Paris, qui accueille toujours aujourd’hui 30% d’enfants en situation de handicap moteur. Viendront ensuite deux autres haltes-garderies, RamDam en 1995 puis le Chalet en 2000 qui poursuivront ce modèle atypique d’un lieu de socialisation adossé à un cabinet thérapeutique de rééducation.

En effet, l’objectif de Michel Le Métayer c’est l’accompagnement de l’enfant touché par le handicap et de sa famille tout au long de ses premières années, si cruciales pour le développement neuromoteur du jeune enfant. Envoludia, au travers de ses 6 lieux d’accueil du jeune enfant, Trotte-Lapins, RamDam, Le Chalet, HoulaBaloo, Les Bambini et Méli-Mélo, poursuit cet accompagnement mêlant la rééducation au jeu et aux activités d’éveil. Les équipes pluridisciplinaires permettent aux enfants de grandir parmi et avec les autres et facilitent l’acquisition de stratégies de compensation par les enfants en situation de handicap neuromoteur.

Aujourd’hui encore, l’éducation thérapeutique portée par Michel Le Métayer permet aux enfants avec paralysie cérébrale de déployer leurs compétences et pour nombre d’entre eux d’accéder à la scolarisation.
Longtemps après, dans un diaporama retraçant la vie de l’association, il écrivait : « les difficultés multiples rencontrées ensemble puis surmontées, les efforts et les rires partagés génèrent un puissant courant de solidarité et d’amitié qui soude les familles ».

ENVOLUDIA, avec toutes les familles qui ont, pour un jour ou pour des années, participé à ce projet, exprime toute sa reconnaissance pour son engagement auprès des enfants IMC/PC et de leurs familles comme auprès des professionnels.

2 / L’approche thérapeutique Le Métayer

2.1 Six points fondamentaux qui ont changé en profondeur les pratiques auprès des enfants :

Présentation par M. Philippe Toullet – Institut de Motricité Cérébrale à télécharger ici

Son approche peut se résumer à travers les 6 points suivants :

  • Une connaissance approfondie du développement moteur fonctionnel du jeune enfant,
  • Une évaluation clinique qualitative et quantitative précise des troubles moteurs et bucco faciaux
  • Une prévention des troubles orthopédiques  par une proposition d’outils d’évaluation clinique et de réponses thérapeutiques ajustées
  • Une éducation motrice et thérapeutique précoce
  • Des séances d’éducation motrice ludiques et répétées
  • Une collaboration parents professionnels pour une inclusion scolaire et sociale précoce.

2.2 Plus concrètement :

Dans les années 1950, le professeur Tardieu, à Bicêtre, avait montré que la prise en charge précoce d’enfants IMC rendait possible des progrès et un développement des capacités intellectuelles permettant une scolarisation auparavant considérée comme impensable. Selon M.Tardieu, l’infirmité motrice cérébrale (IMC) est liée à des lésions du cerveau survenant dans la période anténatale ou périnatale (de la conception à deux ans). Elle est la cause de handicaps moteurs se caractérisant à des degrés divers par des troubles de la posture et du mouvement. Les lésions cérébrales à l’origine du handicap sont stabilisées et ne provoquent pas d’altérations des facultés intellectuelles ce qui rend possible une scolarisation de ces enfants. Cette définition permettait  une différenciation à l’époque avec les enfants ayant un retard mental associé à des troubles moteurs d’origine cérébrale (IMOC) qui, eux, sont considérés comme non scolarisables.

Michel Le Métayer, kinésithérapeute, sous l’impulsion du professeur Tardieu, développa une méthode d’évaluation neuromotrice du jeune enfant en fonction de NEM (niveaux d’évaluation motrice) dont il proposa une définition. A partir de cette méthode, fut conçue une nouvelle approche de rééducation pour des enfants pour lesquels, auparavant, un diagnostic pessimiste était posé.

Pour Michel Le Métayer, l’efficacité de la rééducation d’un enfant IMC est accrue lorsque, tenant compte des difficultés spécifiques de l’enfant IMC, celle-ci est intégrée dans les activités naturelles du jeune enfant, le jeu et les activités d’éveil, tout en respectant le plus possible son propre rythme. Le Métayer nommera cette nouvelle approche « l’éducation thérapeutique. » Celle-ci sera présentée dans des publications et dans des livres*.

En 1959, Michel Le Métayer fonda le CDI (Cercle de Documentation et d’Information pour la rééducation des infirmes moteurs cérébraux) qui avait pour objectifs de développer l’éducation thérapeutique et de proposer des méthodes et des techniques de rééducation ainsi que de promouvoir et diffuser auprès des professionnels (médecins et thérapeutes divers) les connaissances relatives à la rééducation des personnes IMC.

L’application sur le terrain avec les haltes-garderies :

C’est sur la base d’un certain nombre de principes en rapport avec l’éducation thérapeutique que furent créées les garderies avec l’ambition de :

• réunir dans un même lieu un service d’accompagnement éducatif (une halte-garderie) et un cabinet de thérapeutes (avec la présence sur place de kinésithérapeutes, ergothérapeutes, orthophonistes, psychomotriciennes) ;
• offrir aux enfants en situation de handicap (surtout des enfants IMC) un nombre de places conséquent pour créer un processus d’intégration de ces enfants ;
• favoriser les échanges pluri-professionnels pour adapter l’accompagnement des enfants au plus près de leurs besoins et de leurs rythmes ;
• favoriser la formation des professionnels aux spécificités de l’accompagnement éducatif des enfants IMC.

Pour aller plus loin : https://www.institutmc.org/education-therapeutique

Les incroyables bienfaits des livres sur notre cerveau

Article du Figaro du 15 mars 2018

Sciences & Environnement | Par Christophe Doré Publié le 15/03/2018 à 17h23

lecture et cerveau

Les effets de la lecture sur le cerveau

Installé dans un bureau confortable du Collège de France où il enseigne, il évite d’entrée de jeu la chausse-trape: «ce qu’on appelle intelligence est un concept peu clair du point de vue des sciences cognitives. Il y a de l’intelligence dans beaucoup de choses, dans la main du sculpteur, l’intuition mathématique… Face à la lecture, nous sommes sûrs de peu de chose sauf que sa maîtrise reste indispensable pour un bon apprentissage. Nous avons malgré tout beaucoup d’exemples d’enfants dyslexiques qui se révèlent vers 10 ou 11 ans de brillants mathématiciens, physiciens ou informaticiens. On peut en déduire qu’un enfant qui, à cause d’une dyslexie, a des difficultés à lire n’est pas pour autant inintelligent».
Stanislas Dehaene n’est pas du genre à faire de long discours sur des thèmes qu’il ne connaît pas. Sans doute un signe d’intelligence. En revanche, dès qu’il s’agit d’évoquer la lecture et le cerveau, c’est autant le passionné que le chercheur qui s’exprime, s’inquiétant d’abord de tout ce qui reste encore à découvrir face aux énigmatiques effets de la lecture. «Nous aimerions savoir, par exemple, si lire augmente l’espace de représentation du cerveau. C’est assez mystérieux, mais la lecture vous plonge parfois dans un état que Marcel Proust a merveilleusement bien décrit. Vous êtes absorbé pendant des heures si le bouquin est bon. Le temps s’efface, tandis que notre esprit est envahi d’images, de dialogues… La lecture peut même induire la perception de certaines odeurs par le cerveau! Le lecteur est littéralement emporté dans l’esprit d’un autre. Or, on sait aujourd’hui qu’un réseau composé de différentes régions corticales appelé le «réseau de théorie de l’esprit», correspond à la représentation que nous avons, dans nos cerveaux, de l’esprit des autres. Et je me demande si ce système ne peut pas être considérablement augmenté par la lecture de bons livres…»

Des problèmes à élucider comme celui-là, Stanislas Dehaene, malgré ses nombreuses années de recherches, en tire encore des wagons. Pourtant, l’imagerie cérébrale qui permet de mesurer l’activité des différentes zones du cerveau a accéléré nos connaissances sur les mécanismes cérébraux. Grâce à ces nouveaux outils nous découvrons que notre cerveau se révèle une formidable machine à s’adapter, trier et traiter des informations. Ce que les scientifiques appellent sa plasticité, lui permet de développer des circuits dédiés à une activité. C’est ainsi que Stanislas Dehaene a découvert avec le neurologue Laurent Cohen, que la lecture développe une aire de la forme visuelle des mots, cachée dans la région du cortex occipito-temporal de l’hémisphère gauche. Dans cette région, les circuits neuronaux, conçus pour la reconnaissance des objets et des visages, se recyclent pour déchiffrer l’écriture. «Une reconversion lente, partielle et difficile qui éclaire les échecs de certains enfants, explique le cognitiviste. La comparaison du cerveau de personnes alphabétisées et d’autres qui ne savent pas lire a démontré que cette région, mais également certaines aires visuelles et auditives et leurs connexions, se modifie radicalement au cours de l’apprentissage de la lecture. En fait l’enfant, avant d’apprendre à lire, possède déjà un traitement du langage parlé très élaboré. L’apprentissage de la lecture met simplement en place une interface nouvelle, une porte d’entrée vers le langage qui passe par la vision plutôt que par l’audition.»
La lecture n’est donc pas inscrite dans nos gènes. Rien de surprenant vu qu’un pourcentage réduit d’humains sait lire depuis fort peu de temps. «Nous avons inventé cette nouvelle manière d’utiliser notre cerveau, une sorte de bricolage qui date de quelques milliers d’années à partir de la représentation sonore des mots», rappelle Stanislas Dehaene.
La première erreur est de penser que chaque enfant est différent. Ce qui reste incroyable, c’est que cette zone de la lecture est la même pour tout le monde. Elle dépend de connexions spécifiques préexistantes dans l’hémisphère gauche pour 96 % des humains. Pour les autres, dont un tiers des gauchers, elle se localise dans l’autre hémisphère, en un point exactement symétrique, suivant ainsi la latéralisation du langage parlé. Malgré sa plasticité, le cerveau ne peut pas faire feu de tout bois: son organisation est contrainte, et seul un circuit bien précis peut se recycler pour la lecture. Pourquoi? Encore un mystère.
En revanche, ces découvertes devraient permettre d’éviter certaines erreurs dans l’enseignement futur de la lecture. La première est de penser que chaque enfant est différent. Ce n’est pas vrai puisque c’est le même circuit qui fonctionne de la même manière pour tous pendant l’apprentissage de la lecture. «L’idée que les enfants possèdent différents styles d’apprentissage, par exemple l’un visuel et l’autre auditif, est un «neuromythe» ; tout le monde apprend de la même manière, il existe juste des différences de vitesse d’apprentissage, résume notre neuroscientifique. Ce qui est bénéfique en général pour l’apprentissage de la lecture est donc bénéfique pour tous les enfants.»
Essayer de passer directement du graphisme au sens, est une autre erreur. «Cette méthode de reconnaissance globale de la forme des mots, que j’ai beaucoup dénoncée, fonctionne mal car elle ne fait pas appel aux circuits cérébraux normaux de la lecture qui, dans l’hémisphère gauche, mettent en relation les graphèmes et les phonèmes», explique Stanislas Dehaene. «Même si l’enfant parvient à mémoriser quelques mots, l’approche globale ne lui permet pas de décoder des mots nouveaux.» Or c’est un système de décryptage complet, avec toutes ses nuances, qu’exige la lecture efficace. L’enquête de Roland Goigoux l’a confirmé récemment: plus les premiers mois d’école se concentrent sur ce décodage, plus l’enfant progresse vite.

Dans bien d’autres domaines, les effets de la lecture ont été expérimentés, révélant ses étranges qualités. C’est par exemple un formidable outil de distraction. Au sens de divertissement, bien sûr, mais aussi, et c’est ce qui intéresse plus les scientifiques, dans sa faculté à «occuper le terrain». En effet, explique Stanislas Dehaene, «notre espace de travail, dans le cortex préfrontal, ne peut pas réfléchir à deux choses à la fois». C’est pourquoi se plonger dans la lecture dissipe les autres pensées, même les plus nocives.
Des chercheurs de l’université de Sussex ont ainsi conditionné des personnes volontaires dans un état de stress, puis testé sur celles-ci différentes méthodes de relaxation. Menée par le Dr David Lewis, cette expérience a montré que lire réduit de 68 % le taux de stress: mieux que la musique (61 %), boire une tasse de thé ou de café (54 %) ou marcher (42 %). «Lire est plus qu’une simple distraction, confirme le Dr Lewis. Cela implique une participation active de l’imagination, les mots stimulent la créativité modifiant l’état de conscience. Le temps s’arrête et cela débouche en à peine six minutes de lecture sur des bénéfices évidents pour la santé.»

Quand vous lisez, suivre l’histoire parfois complexe mobilise l’espace du travail conscient du cerveau. Pendant ce temps, vous ne pouvez pas l’utiliser pour développer votre anxiété…

Cette mobilisation de la conscience ne créerait pas seulement des espaces de détente pour l’organisme, mais aurait des effets bénéfiques sur le long terme. Il apparaît que les réactions cérébrales pendant la lecture sont proches des réactions en situation réelle. En ressentant ce que vivent les personnages, le cerveau vit des expériences vraies. Et, comme la lecture enrichit l’expression orale (on utilise des phrases plus complexes quand on est lecteur), elle alimente aussi la qualité de compréhension du monde et des autres, de leurs émotions comme de leurs comportements.
«Toute pensée consciente correspond à l’envahissement de l’espace du travail global du cerveau, décrypte Stanislas Deheane. Quand vous lisez, par exemple un roman policier, suivre l’histoire parfois complexe mobilise cet espace du travail conscient. Pendant ce temps, vous ne pouvez pas l’utiliser pour développer votre anxiété, par exemple. L’anxiété c’est l’inverse: c’est l’envahissement de ce réseau conscient par des pensées parasites et négatives.»
Contrairement aux idées reçues, la lecture n’isole pas et n’éloigne pas de la réalité. C’est même l’inverse que constatent les scientifiques. Des régions identiques du cerveau s’activent quand on lit ou quand on pratique la méditation en pleine conscience. Les six minutes de lecture dans le calme évoquées par le Dr David Lewis suffisent à ralentir le rythme cardiaque et soulager certaines tensions musculaires.
Dans les pays anglo-saxons, on développe depuis de nombreuses années des techniques de bibliothérapie, dont l’américaine Sadie Peterson Delaney, qui a travaillé avec des malades mentaux, mais aussi avec des traumatisés de la guerre mondiale, fut une pionnière. En lisant des contes et des histoires oniriques à voix haute, a-t-elle remarqué, les soldats se sentaient mieux, sans savoir à l’époque qu’ils protégeaient ainsi l’espace du travail conscient de leur cerveau que les neuroscientifiques n’avaient pas encore découvert.
Ce caractère apaisant de la lecture a aussi été confirmé pour le sommeil. Il vaut mieux lire au lit avec une veilleuse. Et éviter également les ouvrages de 800 pages aux intrigues parfaites, au risque de ne lâcher l’ouvrage qu’au petit matin! Mais en l’apaisant, la lecture prépare l’organisme à glisser dans un sommeil plus réparateur.
La lecture semble retarder aussi les symptômes de certaines maladies neurodégénératives
Le dernier point sur lesquels les chercheurs se penchent énormément est l’utilité de la lecture face au vieillissement et aux maladies dégénératives. Sans surprise, lire aide à maintenir son cerveau en forme. Outre qu’elle entretient la mémoire, la lecture semble retarder aussi les symptômes de certaines maladies neurodégénératives. Une étude réalisée sur le long terme, incluant 294 participants a ainsi révélé que des lecteurs réguliers présentaient 32 % de risques de dégénérescence mentale en moins que d’autres ayant une activité mentale moyenne. Pour des maladies comme Alzheimer, les résultats sont plus difficiles à analyser. Mais il semble que même si elle commence tard, la pratique régulière de la lecture, en mobilisant le cerveau, maintient un réseau de connexions plus redondant et donc plus robuste.
Dans son laboratoire, Stanislas Dehaene a pu voir concrètement ces différences, en comparant notamment des cerveaux de lecteurs et ceux de personnes ne sachant pas lire. «On s’aperçoit très clairement que leur cerveau est différent, certaines connexions corticales à longue distance sont nettement plus efficaces chez les lecteurs. D’autres travaux, chez l’animal, montrent à quel point l’enrichissement de l’environnement augmente les arborisations dendritiques des neurones. Pour moi, c’est une métaphore de l’impact de l’école et de la lecture. L’enrichissement extraordinaire que la scolarisation apporte à l’enfant modifie littéralement son cerveau.»
L’intelligence serait-elle alors une forêt luxuriante d’arborisations dendritiques? Il faudra poser la question à Stanislas Dehaene une autre fois, car il a déjà été aspiré par sa liste de rendez-vous pléthorique.

Qu’est-ce que la neuroplasticité ?

Terme récent, la neuroplasticité est la faculté du système nerveux à se réorganiser quand il subit un changement. Comment cela est-il possible ? D’où vient cette étonnante faculté ? Telle est la recherche de l’auteur, Norman Doidge, psychiatre canadien et scientifique reconnu, qui recense dans l’ouvrage Les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau, les travaux et découvertes des neurosciences et de grands chercheurs depuis plus de trente ans et relate les progrès et guérisons obtenues chez leurs patients.

Espoirs

norman_doidge_ouvrageRiche d’espoirs, ce livre explique à travers des cas connus et moins connus comment le cerveau est capable de compenser par lui-même les déficiences et lésions subies, de se développer et de s’améliorer.

Livre dense, d’une grande richesse de travaux scientifiques, il est néanmoins écrit avec beaucoup de pédagogie dans un style accessible au grand public sans les travers du style spectaculaire de certains auteurs américains. L’auteur fournit ainsi de nombreux éléments de réflexion aux parents qui réfléchissent à la prise en charge de leur enfant et à son avenir et permet un plus grand discernement dans les choix à faire.

Norman Doidge norman_doidge

Norman Doidge est psychiatre, psychanalyste et chercheur à l’université Columbia à New-York où il enseigne. Il donne de nombreuses conférences au Canada d’où il est originaire, aux Etats-Unis et en France. Vous pouvez le suivre sur Facebook et sur son site http://www.normandoidge.com/. La somme des travaux en neurosciences et leur synthèse relatée dans son livre lui ont fourni des outils pour une prise en charge différente de ses propres patients notamment pour des comportements addictifs.

Qu’en retenir ?

Aude, maman,  témoigne après sa lecture de Norman Doidge :  » il me semble necessaire d´expliquer que la neuroplasticité va à l’encontre de la conception  traditionnelle que nous avons d’un cerveau immuable, figé, passées les premières années de vie. La neuroplasticité est tres libérante pour les parents par rapport à cette épée de Damocles « tout se joue avant… x ans ». Le point fondamental est que la neuroplasticité repose sur une conception integrée corps-esprit (et non pas la dichotomie occidentale entre le cerveau-chef et les fonctions executantes du corps). C’est à mon sens ce dernier point qui permet de comprendre comment des stimulations sensorielles (Tomatis) ou une approche par le mouvement (Feldenkrais), ou une alliance parole-rythme.mouvement (Padovan) peuvent aboutir à créer des connections neuronales nouvelles.
Il me semble essentiel aussi de dire que la neuroplasticité pour qu’elle puisse s’exercer suppose un environnement enrichi, d’un point de vue sensoriel, physique, émotionnel, mental (Cf. les travaux sur le lien entre méditation et neuroplasticité par exemple). Le message pour les parents et les thérapeutes me semble être : espoir… et au travail ! » (mai 2017)

Pour aller plus loin avec un autre livre de Norman Doidge

doidge_guerir_neuroplasticitéTout aussi passionnant, voire plus, le livre Guérir grâce à la neuroplasticité s’impose également ! Sa lecture permet au grand public d’acquérir avec facilité une meilleure compréhension des dernières découvertes en neurosciences, très précieuse pour guider l’accompagnement thérapeutique des enfants. Elle offre surtout de nombreuses informations sur différentes approches thérapeutiques connues aujourd’hui. Mélody, maman et lectrice,  détaille : « Un livre très vivant et accessible. Chaque chapitre raconte l’histoire d’un patient et d’une méthode thérapeutique (Tomatis, Feldenkrais…) lui ayant permis de dépasser ses difficultés voire de guérir. Autant de récits qui permettent d’aborder de façon simple les dernières découvertes en neurosciences et de comprendre comment fonctionne les méthodes de stimulation de la plasticité cérébrale. »

En conclusion ?

Si l’on sait aujourd’hui que la plasticité neuronale ne saurait être infinie et que nous, parents, devons savoir nourrir des espoirs « raisonnables », il ne faut pas s’interdire de retenir cette phrase d’Edward B. Le Winn : « Le potentiel d’un organisme  »normal » ne peut être mesuré.  Le potentiel résiduel d’une personne avec un  »cerveau blessé » n’est pas mesurable non plus mais il est ignoré et sous-estimé ».

Voilà de quoi garder une bonne dose d’énergie pour apporter le meilleur à nos enfants !

La thérapie Feldenkrais : en bref

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Moshe Feldenkrais

La thérapie Feldenkrais est une méthode de reconnexion neuronale basée sur le mouvement, qui trouve confirmation dans les découvertes les plus récentes des neurosciences.
Elle a été fondée par Moshe Feldenkrais (1904-1984), d’origine ukrainienne, émigré en France puis en Israël.
Ce n’est pas une thérapie manuelle mais un travail intérieur de prise de conscience de soi même à travers le mouvement et les sensations qui y sont reliées.
Cette méthode s’est d’abord diffusée en Israël et aux Etats Unis (notamment à travers Anat Baniel) puis en Europe.
Elle vise un public très large, enfants comme adultes.
En France, les therapeutes Feldenkrais ne sont habituellement pas des kinésithérapeutes. Cette thérapie n’est donc pas remboursée par la sécurité sociale.

Comprendre cette approche – Regard de parents

Aude, Maman d’Elie, nous adresse son témoignage :

« Nous commençons la thérapie Feldenkrais pour notre fils, Elie alors agé de 4 ans, au printemps 2015. Ce qui nous amène au départ,  c’est la persistance … lire la suite « 

Et comprendre Feldenkrais avec une thérapeute

C’est avec le regard croisé de Pétra, thérapeute Feldenkrais du petit Elie que nous pouvons approfondir le sens de la démarche  : « Quelques mots pour résumer ce que nous avons réalisé avec Elie…  lire la suite  »

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Un nouveau regard sur les troubles d’apprentissage

Lors du  chaleureux Dîner des Parents Formidables du 23 mars 2017 (voir compte-rendu),  parents et professionnels ont découvert une approche peu connue autour des troubles d’apprentissage : les réflexes archaïques.

Les reflexes primitifs sont des mouvements automatiques qui émergent in utero et restent actifs plusieurs mois après la naissance. Ils ont un rôle de protection et de survie… Ces réflexes ont une phase d’activation, plus ou moins longue, puis d’intégration (vers l’âge d’un an). On a constaté que chez certains enfants ou adultes, une partie des réflexes ne s’était pas bien développée ou ne s’intégrait pas complètement. Mais la persistance de ces réflexes constitue un stress corporel, un parasitage qui perturbent les apprentissages. Des techniques corporelles autour du mouvement permettent aujourd’hui d’y remédier… Pour en savoir plus, le site de Claire Lecut, l’intervenante de cette soirée  : http://mouvement-et-apprentissage.net/

mouvement et apprentissage

I Les réflexes

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affinity therapy

Ross Suskind et son fils Owen : communiquer autrement

L’« affinity therapy », communiquer aves des personnes autistes grâce à leurs passions :

L’« affinity therapy », ou thérapie par affinité, va-t-elle révolutionner la prise en charge des troubles de communication et de l’autisme ? Le premier colloque international sur l’« affinity therapy » qui s’est tenu en France, à l’université de Rennes, les 5 et 6 mars 2015, a tenté d’en tracer les contours, mêlant témoignage de parents et de professionnels. Quelle est l’idée ? Des parents, aux Etats-Unis et en France se sont appuyés sur l’intérêt de leur enfant pour les dessins animés pour le soigner, ils utilisent ainsi des dialogues et des personnages des dessins animés, notamment en rejouant des scènes avec l’enfant. Pour mieux comprendre, lire Le Figaro du 12 mars 2015 ou ci-dessous : Communication – l’affinity therapy – Figaro 12 mars 2015.

Le journal Le Point, à l’occasion de la sortie du documentaire consacré au parcours incroyable d’Owen Süskind, a consacré un article passionnant dans son édition du 28 janvier 2017 ici et Le Point – thérapie par affinités fev 2017

Dès le plus jeune âge, il est important d’aller chez le dentiste avec son enfant.

Mais comment trouver un dentiste pour nos enfants ?

Le réseau Rhapsod’if a pour but de réduire les inégalités d’accès aux soins des personnes en situation de handicap en Ile-de-France. En termes de santé publique, la santé bucco-dentaire apparaît comme un enjeu prioritaire pour cette population qui constitue un groupe de personnes à haut risque de pathologies orales. L’amélioration de la santé bucco-dentaire, la qualité de la prise en charge des personnes en situation de handicap et la mise en place de programmes de prévention sont les objectifs principaux du réseau Rhapsod’if.

http://www.rhapsodif.com/rhapsodif/cms/10/accueil.dhtml

handicap fiches santé

Des fiches gratuites pour expliquer la santé avec des mots simples

SantéBD a été créé par un groupe d’experts en communication alternative réunis par l’énergie de  CoActis Santé. CoActis Santé est une association  créée en décembre 2010 et qui agit en faveur de l’accès aux soins pour les personnes en situation de handicap. Elle a notamment permis la création d’outils pratiques pour l’accès aux soins des personnes en situation de handicap. Elle facilite ainsi l’accès à la santé des personnes en situation de handicap, avec la conviction que cette démarche profitera à tous .

Des fiches simples et disponibles facilement

Ce groupe de travail composé d’une quarantaine de participants (représentants des différents types de handicap, professionnels de santé, représentants médico-sociaux, …) a imaginé des fiches simples destinées à des personnes en situation de handicap appréhendant un rendez-vous médical à venir.

Avant des soins ou une intervention, certaines personnes en situation de handicap ont besoin d’explications adaptées pour bien comprendre ce qui va se passer et ne pas refuser ces soins ; de leur côté les professionnels de santé et les familles ont besoin d’outils pour mieux expliquer. Avec ces fiches toutes simples, il va devenir facile d’expliquer un rendez-vous médical et de rassurer les patients à chaque moment de ces consultations.

SantéBD est un outil gratuit et diffusé sous deux formes, des fiches à télécharger depuis internet et une application pour smartphone et tablettes. Cet outil est ouvert à tous. Chaque fiche explique comment se passe une consultation médicale, dentaire ou hospitalière avec des phrases simples  faciles à lire et à comprendre, des dessins clairs. Ainsi les consultations se passent mieux.

L’accès aux soins pour les personnes vulnérables reste une frontière à franchir et les outils SantéBD ouvrent la voie…

A qui sont destinées ces fiches ?

  • Déficience intellectuelle
  • Autisme
  • Aphasie
  • Ou les personnes qui ne parlent pas français
  • Les fiches sont adaptées pour les personnes qui ont des difficultés pour voir ou pour entendre
  • Les professionnels de santé

 

  • Pour les aider à donner des explications faciles à comprendre
  • Le dialogue est plus facile
  • Les soins se passent mieux

 

Qu’est-ce qu’il y a dans les fiches SantéBD ?

  • Les fiches expliquent comment se passent un soin ou une consultation
    • Les dessins sont clairs et rassurants
    • Les phrases sont courtes et faciles à comprendre
  • Les fiches SantéBD sont faites
    • Par des personnes formées en communication adaptée
    • Par des professionnels de santé
    • Avec l’’avis des personnes en situation de handicap
  • Vous pouvez personnaliser les fiches sur votre tablette ou sur votre smartphone, grâce à l’’application SantéBD
  • De nouvelles fiches sont mises sur internet régulièrement

 

Toutes les fiches Santé BD ont été sont rassemblées dans une application qui permet une plus grande efficacité en termes de personnalisation, maintien de l’attention et mise à jour